La part de l'autre - Eric-Emmanuel Schmitt

Publié le par Mivava

 

Quatrième de couverture :
51WTPBQBTEL. SL500 AA300
8 octobre 1908 : Adolf Hitler recalé.
Que se serait-il passé si l’École des beaux-arts de Vienne en avait décidé autrement ? Que serait-il arrivé si, cette minute-là, le jury avait accepté et non refusé Adolf Hitler, flatté puis épanoui ses ambitions d’artiste ?
Cette minute-là aurait changé le cours d’une vie, celle du jeune, timide et passionné Adolf Hitler, mais elle aurait aussi changé le cours du monde…


Mon avis :

Ce livre me tentait depuis un petit moment, l’idée est très intéressante et à la lecture du résumé on ne peut que se demander comment Eric-Emmanuel Schmitt va réinventer l’histoire. Cependant, j’étais un peu effrayé par le nombre de pages et surtout de passer presque 500 pages en compagnie d’Hitler, rien de bien engageant.

Ma lecture à peine commencée j’ai tout de suite été charmée par le style d’E-E. Schmitt comme ça avait été le cas avec les deux précédents romans de lui que j’avais lu : Oscar et la dame rose et M. Ibrahim et les fleurs du Coran. Son écriture est un mélange entre une fluidité qui nous fait vivre le récit et pourtant un style recherché, des mots choisis qui nous font apprécier la beauté de cette langue : simple mais juste. Le récit se scinde immédiatement en deux parties. La première sur la vie d’Hitler, le vrai, nous relate ce XXème siècle comme il s’est vraiment déroulé malgré que la réalité soit bien sûr romancée. La seconde nous relate la vie d’Adolf H., l’autre, avec lequel on suit cette uchronie en parallèle avec la réalité. Si j’ai été un peu perdue les premières pages, j’y ai vite adhéré sans avoir de problèmes de compréhension et j’ai trouvé que cette double narration apportait un vrai plus à l’histoire, la rendait bien plus puissante qui si l’on s’était retrouvés simplement face à la partie uchronie. Pendant une bonne partie du roman, de Hitler ou Adolf H., aucun des deux n’avait ma préférence. Deux êtres banals pour lequel on n’a pas spécialement d’empathie, puis les idées d’Hitler deviennent plus affirmées nous rendant Adolf H. sous un jour plus humain.

Et pourtant qui pourrait dire qu’Hitler était fou à la lecture de ce roman ? Certes il était mégalomane, cruel, pas humain mais avait des principes concrets, sans nuances, brut qu’il appliquait à la lettre. Le roman n’est pas fait pour justifier les actes d’Hitler, ils sont rendus dans toute leur atrocité, mais pour nous faire réfléchir et ça marche. On ne peut qu’être effrayés de voir comment un homme « normal » à première vue peut adhérer dans ce dur climat de Première Guerre mondiale et de crises des années 30 à des idées si inconcevables, rendus presque logiques par les évènements. L’antisémitisme n’a toujours été qu’un moyen trouver un coupable, d’alimenter cette haine, ce désir de vengeance et à la lecture de ces pages on ne peut s’empêcher d’essayer de se replacer dans le contexte et de se demander si, nous aussi, nous n’aurions pas cédés à l’idéologie générale. D’autant plus effrayant quand on regarde le contexte d’aujourd’hui, années 30 amoindries : crise économique, politique et sociale, montée de l’extrême droite … Le tout, transférée à cette époque où avec tous les moyens audiovisuels qui sont à notre portée et n’existait pas à l’époque du nazisme, communisme etc., une propagande serait dévastatrice …

Un très bon roman qui en plus de nous apporter un grand plaisir en tant que lecteur, nous fait nous poser des questions dont les réponses restent incertaines. Il nous fait réfléchir sur notre contexte actuel et la fragilité de notre humanité qui ne tient finalement qu’à peu de chose.


Lu dans le cadre du challenge :
challn-copie-3.png

Publié dans Romans historiques

Commenter cet article

Mina 20/02/2011 12:34



Un roman puissant, comme toi je ne suis vraiment pas déçue de l'avoir découvert. Eric Emmanuel Schmitt a vraiment un talent ! (^-^)



Mivava 20/02/2011 18:56



Oui, c'est un très bon auteur, je ne suis jamais déçue par ses ouvrages



Ellcrys 17/01/2011 13:33



Cela fait une éternité que ce roman est dans ma bibliothèque, attendant que je me décide à le lire. Mais comme toi, jusqu'à présent, j'ai toujours été effrayée. Ton avis fait disparaître cette
frayeur et, j'ai bien envie de me plonger dans cette uchronie !



Mivava 17/01/2011 16:47



Je te la conseille vraiment ! Moi aussi j'avais cette apréhension au départ et puis j'ai commencé à lire et la plume de l'auteur me la fait oublié même si j'avoue que j'ai vraiment été soulagée
lorsque je suis sortie de la période de la Première Guerre mondiale.



Anne Sophie 16/01/2011 21:57



un très joli billet ! j'adore e.e. schmitt ! 



Mivava 17/01/2011 16:45



Merci Anne Sophie, moi aussi, j'aime beaucoup son style d'écriture