L'Oeuvre - Emile Zola

Publié le par Mivava

Quatrième de couverture :

41IN-B9F8hL._SL500_AA300_.jpgCamarade de jeunesse de Cézanne, ami et défenseur de Manet et des impressionnistes, Zola a résumé dans L'oeuvre toute son expérience du milieu et des problèmes de la peinture sous le Second Empire et les premières décennies de la IIIe République. Document de premier ordre sur ces « Refusés », ces « plein-airistes » que nous considérons comme les fondateurs de la modernité, L'Oeuvre dit aussi la tragédie d'un homme, Claude Lamier, tempérament romantique hanté par des rêves d'absolu, le désir de « tout voir et tout peindre. Des fresques hautes comme le Panthéon ! Une sacrée suite de toiles à faire éclater le Louvre ! » Mais, devant l'incompréhension de l'époque, l'absolu du rêve deviendra celui de la détresse, et Claude, qui a commencé comme Manet, aura la même fin que Van Gogh. 



Mon avis :

Je vous mets ici un avis un peu différent de d’habitude puisque c’est une lecture de cours. Pas de langage familier ou de franche critique donc pour résumer d’une façon plus objective et plus adaptée à mon blog : j’ai aimé le roman puisque j’en garde un plutôt bon souvenir cependant mon intérêt s’est étiolé au fur et à mesure des pages ce qui fait que la deuxième moitié du roman a tout de même été difficile à avaler. Néanmoins je pense que c’est un roman de Zola plutôt accessible ou, même si la description a la part belle, nos neurones ne finissent pas au bord de l’implosion. Cela reste à lire quand on a une envie de pavé instructif, à ne pas lire en pleine panne de lecture …

Zola signe ici un roman très riche dans lequel il aborde de nombreux thèmes. Son art de la description est encore une fois bien présent, ancrant son intrigue dans un Paris d’un réalisme acéré. Il y présente également une critique acerbe du monde de l’art comme le démontre le passage où il explique la politique de vente de Naudet avec sa proposition de racheter le tableau à plus grand prix que l’achat si le client n’est pas satisfait au bout d’un an. Cette critique se fait encore plus flagrante lorsque le président du Jury du Salon fustige un tableau avant de reconnaître la signature d’un de ses amis et de l’encenser en tant que « numéro un ». On voit ici l’hypocrisie et ces lignes laissent apparaître l’avis de Zola quant à l’objectivité des choix du Jury. On peut également constater que les quelques qui réussissent à s’imposer sont finalement ceux qui se rangent d’une manière ou d’une autre au marché de l’art.

L’auteur nous livre également une réflexion intéressante sur l’art et la création. J’ai été interpelé par cette phrase située à la dernière page du roman : « Puisque nous ne pouvons rien créer, puisque nous ne sommes que des reproducteurs débiles ». Cela nous permet de nous interroger quant à la réelle part de création dans chaque œuvre car rien n’est jamais entièrement neuf et même dans le novateur sont toujours présentes des inspirations passées. Ce peintre à la quête du grand chef d’œuvre de sa vie est touchant dans son désespoir. On plonge dans les méandres de la création artistique et sa frustrante et permanente insatisfaction.

Les personnages sont d’une grande psychologie et possèdent un caractère complexe. Le portait très touchant de Jacques qui se retrouve délaissé, mis à l’écart, est marquant. L’attitude inconsciente de ses parents à son égard est très violente psychologiquement ; entre sa mère ayant une passion pour son père et son père une passion pour la peinture, il n’a aucune place. Même au Salon où, alors que son père lui a enfin « accordé une attention » après sa mort en le peignant, il est relégué dans une salle, en hauteur, invisible. Cette invisibilité est ressentie comme le reflet matériel de son invisibilité passée aux yeux de ses parents lors de son vivant.

On retrouve également une certaine distanciation dans l’écriture de l’auteur qui accentue la violence des sentiments. Ce détachement est palpable dans le paragraphe où Zola décrit la façon dont Claude s’est donné la mort. L’auteur nous propose également une incursion dans le milieu et la pensée impressionniste de l’époque et il en devient difficile de dissocier la fiction et la réalité tant Zola les mêle habilement.

On ne peut parler de l’intrigue sans penser à l’histoire d’amour tragique entre l’inconditionnelle Christine et le génie fou et passionnée qu’est Claude. Cet amour perce dans le réalisme de Zola et aurait tout à fait sa place sous la plume d’un Romantique. C’est également impressionnant la façon dont Zola arrive à faire vivre la femme du tableau, en faisant finalement une sorte de « double » de Christine qui lui vole Claude. La fin, prévisible depuis le presque début du roman accentue le côté tragique avec ce dénouement inexorable et une certaine fatalité.

Publié dans Classiques

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Elinor 05/02/2012 19:43


Bon, tu as réussi à vouloir me faire lire un Zola, chapeau bas ! ;)

Mivava 05/02/2012 21:17



Ahah, mais quel talent ! 



Sybille 05/02/2012 15:43


Je n'ai pas encore lu un seul livre de cet auteur, il serait temps d'y remédier :)

Mivava 05/02/2012 21:17



Si tu as le courage de lire un pavé, je pense que celui-là peut etre pas mal du tout pour commencer